Les causes d'une forte perte de cheveux, et quand s'en inquiéter

Quelles sont les causes d'une perte de cheveux

Il y a le matin où l’on retrouve quelques cheveux sur l’oreiller. Et il y a celui où la main revient pleine après un simple passage dans les cheveux, où la bonde de douche se bouche, où la brosse se remplit en trois coups. Ce deuxième matin fait peur. Une forte perte de cheveux qui démarre brutalement a presque toujours une cause identifiable, et cette cause est le plus souvent temporaire.

Reste à savoir laquelle. Parce que le traitement d’une chute réactionnelle n’a rien à voir avec celui d’une calvitie qui s’installe.

Le repère normal : ce que l’on perd tous les jours

Un cheveu ne pousse pas indéfiniment. Il traverse une phase de croissance de plusieurs années, une courte phase de transition, puis une phase de repos au terme de laquelle il tombe pour laisser la place à un nouveau. À tout moment, une petite partie de la chevelure se trouve dans cette phase de repos, appelée phase télogène.

Résultat : plusieurs dizaines de cheveux par jour finissent naturellement dans le lavabo, et ce n’est pas une anomalie. Le repère habituellement retenu est celui de 50 à 100 cheveux perdus quotidiennement, avec des variations selon la longueur, la fréquence des shampoings et la saison. Une chevelure compte environ 100 000 cheveux. À ce rythme, la perte quotidienne passe inaperçue.

Le problème commence quand ce chiffre double ou triple pendant plusieurs semaines.

Les signes d’une chute vraiment anormale

Quelques repères concrets, plus utiles que le comptage à l’unité.

La chute est brutale et vous savez à peu près quand elle a commencé. Elle touche l’ensemble du cuir chevelu et pas une zone précise : c’est ce qu’on appelle une chute diffuse, par opposition à un dégarnissement des tempes ou du sommet du crâne. Les cheveux tombent en tirant à peine dessus, y compris sur les côtés et à l’arrière. Et surtout, la densité globale a visiblement baissé en quelques semaines, au point que la queue de cheval a maigri ou que la raie s’est élargie.

Un point rassurant : dans ce type de chute, les cheveux qui tombent ont une petite massue blanche à leur racine. C’est un cheveu arrivé au bout de son cycle, pas un follicule détruit. Le follicule, lui, reste en place et peut refabriquer un cheveu.

L’effluvium télogène, la cause la plus fréquente

Derrière la plupart des chutes massives se cache l’effluvium télogène, littéralement un écoulement de cheveux en phase de repos. Le mécanisme est simple à comprendre : un événement violent pour l’organisme fait basculer d’un coup une grande partie des cheveux en phase de repos, avant l’heure. Ils tombent tous à peu près en même temps, quelques semaines plus tard.

Ce décalage est la signature de l’effluvium télogène, et c’est ce qui trompe presque tout le monde : la chute survient deux à trois mois après le déclencheur. On cherche donc la cause dans le mois écoulé, alors qu’elle se trouve au printemps précédent.

Les déclencheurs classiques sont bien documentés dans la littérature dermatologique. Un accouchement, en premier lieu : la chute post-partum touche une grande partie des jeunes mères, avec un pic autour du troisième ou quatrième mois. Une intervention chirurgicale sous anesthésie générale. Une forte fièvre ou une infection sévère. Un régime restrictif avec perte de poids rapide. Un choc émotionnel ou un stress prolongé, deuil, licenciement, séparation. L’arrêt d’une pilule contraceptive.

Dans la forme aiguë, la chute dure rarement plus de trois à six mois et la repousse se fait spontanément, sans traitement. Quand elle se prolonge au-delà de six mois, on parle de forme chronique et il faut chercher une cause entretenue.

Fer, vitamine D : les carences qui entretiennent la chute

Le follicule pileux est l’une des structures les plus actives de l’organisme. Il tolère mal les périodes de disette nutritionnelle.

Le fer arrive en tête. Une carence en fer fatigue, essouffle, et fait tomber les cheveux. Le dosage qui compte n’est pas l’hémoglobine mais la ferritine, qui mesure les réserves : on peut avoir une prise de sang normale côté anémie et des réserves à plat. Règles abondantes, don du sang répété, alimentation pauvre en viande, maladie digestive qui gêne l’absorption, les situations à risque sont nombreuses.

La vitamine D est le second suspect, avec un déficit très répandu sous nos latitudes en fin d’hiver. Le lien avec la chute est moins tranché que pour le fer, mais il est retrouvé assez régulièrement pour justifier un dosage. Le zinc et les protéines complètent la liste, surtout après un régime brutal ou une chirurgie de l’obésité.

Une précision utile : corriger une carence ne fait pas repousser les cheveux en trois semaines. Il faut compter plusieurs mois avant de voir la densité remonter, le temps que les follicules relancent un cycle complet.

Thyroïde, médicaments et effet saisonnier

La glande thyroïde règle la vitesse à laquelle le corps fonctionne, y compris la pousse des cheveux. Qu’elle tourne trop lentement ou trop vite, la chevelure s’éclaircit. La chute liée à un trouble thyroïdien s’accompagne en général d’autres signes : frilosité, prise ou perte de poids inexpliquée, fatigue qui ne passe pas malgré le sommeil. Un dosage de la TSH tranche la question en une prise de sang.

Beaucoup de traitements courants font aussi tomber les cheveux, souvent sans que le patient fasse le rapprochement. Anticoagulants, rétinoïdes, certains antidépresseurs, bêtabloquants, traitements hormonaux : la liste des médicaments qui font tomber les cheveux est longue, et le délai d’apparition est là encore de deux à trois mois. On n’arrête jamais un traitement de son propre chef, mais on en parle au prescripteur.

Enfin, il existe un vrai effet des saisons. La chute saisonnière de l’automne est un phénomène banal, avec un pic mesuré en septembre et octobre chez une majorité de personnes. Elle dure quelques semaines et se répare seule. Si elle revient chaque année à la même période et qu’elle s’arrête au bout d’un mois ou deux, il n’y a pas lieu de s’alarmer.

Chute réactionnelle ou calvitie : la distinction qui change tout

C’est le point qui décide de la suite, et il se joue sur trois critères simples.

L’alopécie androgénétique, la calvitie commune, est progressive : elle s’installe sur des années, pas sur trois semaines. Elle est localisée : golfes temporaux et sommet du crâne chez l’homme, élargissement de la raie chez la femme, avec une nuque toujours épargnée. Et elle est définitive, parce que les follicules concernés se miniaturisent sous l’effet des hormones androgènes jusqu’à ne plus produire qu’un duvet.

L’effluvium télogène, lui, est brutal, diffus et réversible. Le piège, c’est qu’il révèle parfois une alopécie androgénétique qui progressait discrètement : la chute réactionnelle s’arrête, mais la densité ne revient pas tout à fait, surtout sur le dessus. Cette combinaison est fréquente chez la femme, où la perte de cheveux féminine prend souvent la forme d’un éclaircissement diffus du sommet du crâne.

Quand la miniaturisation est installée et que la zone dégarnie ne répond plus aux traitements médicaux, la greffe de cheveux reste le traitement le plus durable de l’alopécie androgénétique : elle déplace des follicules génétiquement résistants de la nuque vers les zones clairsemées. Elle n’a en revanche aucun intérêt sur une chute réactionnelle en cours, où les follicules sont bien vivants et vont repartir seuls.

Quand consulter et quels examens demander

Prenez rendez-vous si la chute dépasse six semaines, si elle s’accompagne de démangeaisons, de rougeurs ou de plaques sans cheveux, si le cuir chevelu devient visible, ou si vous ne trouvez aucun déclencheur dans les trois mois précédents.

Un dermatologue commence par un examen clinique et un test de traction, qui consiste à tirer doucement sur une mèche pour compter les cheveux qui viennent. La trichoscopie, un examen du cuir chevelu à la loupe grossissante, montre si les cheveux sont de calibre régulier ou déjà miniaturisés. Le bilan sanguin de base comprend la ferritine, la numération formule sanguine, la TSH et la vitamine D, auxquelles s’ajoute un bilan hormonal chez la femme en cas de signes associés.

Un diagnostic précis évite deux erreurs symétriques : traiter lourdement une chute qui allait s’arrêter seule, et laisser filer une calvitie pendant deux ans en attendant qu’elle passe. L’équipe du Dr Emrah Cinik analyse chaque cuir chevelu avant d’évoquer la moindre intervention, et une greffe de cheveux turquie ne se propose qu’une fois la chute stabilisée et la cause comprise.

Sources

Jimeno Ortega, I., et Stefanato, C. M. (2023). Telogen effluvium: a 360 degree review. Italian Journal of Dermatology and Venereology, 158. https://doi.org/10.23736/s2784-8671.23.07579-5

Chien Yin, G. O., Siong-See, J. L., et Wang, E. C. E. (2021). Telogen effluvium, a review of the science and current obstacles. Journal of Dermatological Science, 101, 156-163. https://doi.org/10.1016/j.jdermsci.2021.01.007

Trüeb, R. M. (2025). On telogen effluvium. International Journal of Trichology, 17, 348-352. https://doi.org/10.4103/ijt.ijt_38_24

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