Quels médicaments font tomber les cheveux ?

Quels médicaments font tomber les cheveux

Vous prenez un nouveau traitement depuis trois mois et vos cheveux tombent par poignées sous la douche. Le lien paraît évident. Il l’est parfois, et beaucoup moins souvent qu’on ne le croit. Des centaines de molécules ont été rapportées comme pouvant déclencher une chute, mais la plupart le font rarement, chez une minorité de patients, et de façon réversible. Ce qui compte, c’est de savoir reconnaître le tableau, de connaître les classes réellement documentées et de comprendre le seul geste qui ne doit jamais être fait : arrêter le médicament de sa propre initiative.

Ce qui se passe dans le follicule

Un cheveu ne pousse pas en continu. Il alterne une longue phase de croissance, dite anagène, qui dure de deux à six ans, puis une phase de repos de quelques mois, la phase télogène, au terme de laquelle il tombe pour laisser place au suivant. À un instant donné, environ 85 % de la chevelure est en croissance et le reste au repos.

Un médicament peut perturber ce cycle de deux façons. La première, de loin la plus fréquente, consiste à pousser prématurément un grand nombre de cheveux vers la phase de repos : c’est l’effluvium télogène, une chute diffuse sur tout le crâne, qui se voit surtout au brossage et dans la bonde de la douche. La seconde, beaucoup plus brutale, bloque directement les cellules en train de fabriquer la tige du cheveu, qui casse alors qu’il est encore en pleine croissance. On parle d’effluvium anagène. Cette forme-là est presque exclusivement le fait des chimiothérapies.

La revue de référence publiée dans le Journal of the American Academy of Dermatology décrit ces deux mécanismes, plus deux formes plus rares : des réactions ressemblant à une pelade et, exceptionnellement, des alopécies cicatricielles où le follicule est détruit.

Les classes de médicaments les plus documentées

La liste des molécules incriminées dans la littérature est longue. Elle devient utilisable quand on raisonne par famille plutôt que par nom commercial.

Les rétinoïdes, dérivés de la vitamine A utilisés contre l’acné sévère ou le psoriasis, arrivent en tête des causes bien établies, avec un effet qui dépend de la dose. Les anticoagulants de type héparines et antivitamines K sont connus depuis des décennies pour déclencher un effluvium télogène, généralement dans les mois qui suivent l’instauration. Les bêtabloquants, prescrits pour l’hypertension, les troubles du rythme ou la migraine, figurent aussi parmi les suspects réguliers.

Viennent ensuite les traitements psychiatriques. Le lithium, certains antiépileptiques comme l’acide valproïque, et une partie des antidépresseurs ont été associés à des chutes diffuses, souvent après plusieurs mois de traitement. Les hormones ne sont pas en reste : un déséquilibre thyroïdien mal corrigé fait tomber les cheveux, et l’ajustement de la dose compte autant que le médicament lui-même, comme l’explique notre page sur la thyroïde et la perte de cheveux. Certaines pilules contraceptives et l’arrêt d’un traitement hormonal peuvent produire le même effet.

Deux catégories font parler d’elles plus récemment. Les hypocholestérolémiants, statines et fibrates, apparaissent régulièrement dans les signalements de pharmacovigilance, avec un niveau de preuve moins solide que pour les rétinoïdes. Et les analogues du GLP-1, ces traitements du diabète et de l’obésité dont on parle beaucoup, sont associés à des chutes qui semblent surtout liées à la perte de poids rapide qu’ils provoquent, un point détaillé dans notre article sur Ozempic et la perte de cheveux.

Un mot enfin sur les anti-inflammatoires courants, ibuprofène ou aspirine. Ils sont souvent cités dans les articles grand public. Les données restent minces et concernent des prises prolongées, pas un comprimé occasionnel contre un mal de tête.

Les chimiothérapies : un cas à part

Elles méritent leur propre paragraphe parce que le mécanisme n’a rien à voir. Les médicaments anticancéreux ciblent les cellules qui se divisent vite. Or les cellules de la matrice du cheveu comptent parmi les plus actives de l’organisme. Résultat : la chute survient très tôt, souvent entre 7 et 21 jours après la première cure, elle est massive, et elle touche parfois aussi les sourcils et les cils.

C’est une chute attendue, annoncée par l’équipe soignante, et la repousse démarre dans les semaines qui suivent la fin du protocole. La texture et la couleur peuvent changer au retour. Dans une minorité de cas, avec certaines molécules, la repousse reste incomplète : on parle alors d’alopécie persistante après chimiothérapie, et c’est une situation qui se discute à distance, une fois la maladie stabilisée.

Le délai, la durée, la repousse

Le calendrier est l’un des meilleurs indices. Pour un effluvium télogène médicamenteux, comptez deux à quatre mois entre le début du traitement et le moment où la chute devient visible. Ce décalage déroute : beaucoup de patients ne font pas le rapprochement parce que le médicament a été introduit un trimestre plus tôt.

La bonne nouvelle tient en une phrase. Ces chutes sont diffuses, elles ne créent pas de zones glabres, et elles régressent une fois la cause corrigée, avec une repousse qui s’étale sur six à douze mois. Le follicule n’a pas été détruit, il a seulement été mis en pause. C’est exactement la même logique que pour une chute liée au stress ou à une carence en fer, deux causes qui coexistent d’ailleurs très souvent avec la prise de médicaments.

La règle d’or : ne jamais arrêter seul

C’est le message le plus important de cet article. Aucun traitement ne doit être interrompu sans l’avis du médecin qui l’a prescrit. Arrêter brutalement un anticoagulant, un antiépileptique, un bêtabloquant ou un antidépresseur expose à des risques sans commune mesure avec une chute de cheveux, et certains arrêts brutaux sont dangereux en eux-mêmes.

La bonne démarche est simple. Notez la date de début du traitement et celle du début de la chute. Prenez rendez-vous avec le prescripteur, en apportant la liste complète de ce que vous prenez, compléments alimentaires inclus. Un bilan sanguin cherchera les causes associées, ferritine et bilan thyroïdien en premier lieu. Selon le cas, le médecin pourra changer de molécule dans la même classe, adapter la dose, ou décider que le bénéfice du traitement l’emporte largement et qu’il faut simplement attendre. Chez la femme, où les causes se cumulent volontiers, notre dossier sur la perte de cheveux féminine donne le détail du bilan à demander.

Chute médicamenteuse ou alopécie androgénétique ?

La distinction change tout, et elle se fait surtout sur le dessin de la chute. Une chute médicamenteuse est diffuse et globale : la densité baisse partout, y compris à l’arrière du crâne. Une alopécie androgénétique est localisée et progressive : les golfes reculent, le vertex se dégarnit, la couronne reste intacte. Elle s’installe sur des années, sans lien avec une ordonnance.

Il arrive qu’un médicament révèle une calvitie déjà en route sans qu’on l’ait remarquée. La chute passagère fait tomber le voile, puis la repousse ne compense pas ce qui manquait déjà. Dans ce cas, ce n’est pas le médicament qu’il faut traiter. L’alopécie androgénétique relève d’une prise en charge propre, avec des traitements médicaux au long cours et des molécules nouvelles qui arrivent, dont nous suivons l’évolution dans notre veille sur les nouveaux traitements de la calvitie. Et quand la perte est installée et stabilisée, la greffe de cheveux reste le traitement le plus durable, parce qu’elle déplace des follicules génétiquement insensibles à l’hormone responsable. À l’inverse, opérer pendant une chute médicamenteuse active n’a aucun sens : on ne greffe pas sur un terrain qui bouge encore.

Faire le point sur votre situation

Si votre chute dure depuis plus de six mois, si elle ne s’améliore pas malgré un traitement ajusté, ou si vous voyez apparaître un dessin de calvitie sur le dessus du crâne, faites examiner votre cuir chevelu. Une greffe de cheveux turquie ne se décide jamais dans l’urgence et encore moins pendant un effluvium en cours. Envoyez quelques photos via notre page contact : l’équipe du Dr Emrah Cinik vous dira si votre schéma de chute évoque une cause réversible à explorer avec votre médecin, ou une alopécie androgénétique installée. Et si une intervention est un jour envisagée, sachez que la question de la reprise de vos médicaments après la greffe se prépare en amont, avec le prescripteur, jamais dans l’improvisation.

Sources

Alhanshali, L., Buontempo, M., Shapiro, J., et Lo Sicco, K. (2023). Medication-induced hair loss: An update. Journal of the American Academy of Dermatology. https://doi.org/10.1016/j.jaad.2023.04.022

Zhang, D. (2023). Culprits of medication-induced telogen effluvium, part 1. Cutis. https://doi.org/10.12788/cutis.0910

Relvas, M., et Oliveira Soares, R. (2023). Drugs and alopecia. Portuguese Journal of Dermatology and Venereology. https://doi.org/10.24875/pjdv.22000006

A Dr Cinik assitant
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