L'huile essentielle de menthe poivrée fait-elle repousser les cheveux ?
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L’huile essentielle de menthe poivrée a le vent en poupe dans les cercles de soins capillaires naturels. On lui prête des vertus stimulantes, des effets comparables au minoxidil, et des résultats spectaculaires sur la repousse. Et pour une fois, ces affirmations ne sortent pas de nulle part : une étude scientifique existe bel et bien, avec des chiffres qui donnent envie d’y croire.
+307% de follicules pileux. Une efficacité supérieure au minoxidil. Des résultats visibles en quatre semaines seulement.
Le hic ? Cette étude a été menée sur des souris. Pas sur des humains. Et ça change pas mal de choses.
L’étude qui fait parler d’elle
En 2014, des chercheurs coréens ont voulu savoir si l’huile de menthe poivrée avait un réel effet sur la croissance des cheveux. Pour ça, ils ont mis au point un protocole solide : 76 souris mâles, quatre groupes de traitement, quatre semaines d’observation.
Le premier groupe recevait une simple solution saline. Le deuxième, de l’huile de jojoba (pour servir de base de comparaison). Le troisième, du minoxidil à 3%. Et le quatrième, de l’huile de menthe poivrée diluée à 3% dans du jojoba.
Les résultats du groupe menthe poivrée ont surpris tout le monde. Par rapport au jojoba seul, ces souris affichaient trois fois plus de follicules pileux, un derme 81% plus épais, et des follicules presque deux fois plus profonds. Le score de croissance visuel atteignait 92%, contre 55% pour le groupe minoxidil.
Sur le papier, l’huile de menthe poivrée écrase le traitement de référence. Mais voilà, les souris ne perdent pas leurs cheveux comme nous. Leur modèle de repousse n’a pas grand-chose à voir avec l’alopécie androgénétique humaine.
Ce qui se passe sous le cuir chevelu
Pour comprendre ces résultats, il faut regarder ce que contient cette huile. Le composant star, c’est le menthol, qui représente environ 42% de la composition. C’est lui qui provoque cette sensation de fraîcheur caractéristique, et c’est lui qui agit sur vos follicules.
Le menthol active des récepteurs particuliers dans la peau, les TRPM8. Ces mêmes récepteurs qui vous font frissonner quand vous croquez dans un bonbon à la menthe. Une fois activés, ils déclenchent une série de réactions en cascade.
D’abord, les vaisseaux sanguins se dilatent. Le flux sanguin vers les follicules augmente, et avec lui, l’apport en nutriments et en oxygène. Une étude de Craighead et Alexander a mesuré cette vasodilatation chez l’humain : le débit sanguin cutané triple après application de menthol. Ça, au moins, c’est vérifié sur notre espèce.
Ensuite vient la stimulation de l’IGF-1, un facteur de croissance qui joue un rôle central dans le cycle capillaire. Dans l’étude coréenne, son expression bondissait de 89% chez les souris traitées. L’IGF-1 prolonge la phase de pousse des cheveux et stimule les cellules responsables de la production capillaire.
Le menthol semble aussi accélérer le réveil des follicules endormis. En temps normal, vos cheveux alternent entre phases de croissance et phases de repos. L’huile de menthe poivrée raccourcirait la période de sommeil et pousserait les follicules à reprendre du service plus vite.
Le grand absent : les essais sur l’homme
Voilà où le bât blesse. Malgré des résultats prometteurs chez la souris, personne n’a encore testé l’huile de menthe poivrée seule sur des humains pour traiter la chute de cheveux. Une revue scientifique de 2024 le confirme sans ambiguïté.
La seule étude humaine qui implique du menthol date de 2024, et elle utilisait un cocktail complexe : un probiotique, du menthol, de l’acide salicylique et du panthénol. Difficile de savoir quelle part du résultat revient au menthol dans ce mélange.
Cette absence de données humaines pose un vrai problème. Les souris utilisées en laboratoire ont une particularité pratique : on peut synchroniser tous leurs follicules en phase de repos, puis observer une repousse uniforme. Notre cuir chevelu fonctionne différemment. L’alopécie androgénétique implique des mécanismes hormonaux que ces modèles animaux ne reproduisent pas.
Ça ne veut pas dire que l’huile de menthe poivrée ne marche pas chez l’humain. Ça veut dire qu’on n’en sait rien avec certitude.
Comment elle agit vraiment
Contrairement à d’autres traitements naturels comme l’huile de pépins de courge ou le saw palmetto, l’huile de menthe poivrée n’agit pas sur la DHT, cette hormone qui miniaturise progressivement vos follicules. Son mode d’action est différent.
Elle joue essentiellement sur deux tableaux. Le premier, c’est la circulation sanguine. Le menthol dilate les vaisseaux et améliore l’irrigation du cuir chevelu. Un follicule bien nourri, c’est un follicule qui a plus de chances de produire un cheveu costaud.
Le deuxième, c’est la stimulation directe des cellules de la papille dermique, ces petites usines à cheveux nichées à la base de chaque follicule. L’augmentation de l’IGF-1 et de l’activité phosphatase alcaline observée dans l’étude suggère que le menthol booste leur activité.
Cette approche a ses avantages. Elle peut convenir à des personnes qui ne souffrent pas forcément d’alopécie androgénétique mais cherchent simplement à dynamiser leur cuir chevelu. En revanche, si votre perte de cheveux est liée à la DHT, l’huile de menthe poivrée ne s’attaque pas à la cause du problème.
Si vous voulez essayer
Quelques règles de base à respecter si vous décidez de tenter l’expérience.
La concentration testée dans l’étude était de 3%, diluée dans une huile porteuse. C’est la seule dose qu’on puisse considérer comme validée, même si c’est uniquement sur des souris. Inutile de mettre plus en pensant que ça marchera mieux.
L’huile essentielle pure, c’est non. Le menthol concentré irrite la peau, peut provoquer des brûlures, et à forte dose, il devient toxique pour les cellules mêmes qu’il est censé stimuler. Les études sur les cellules de papille dermique montrent qu’au-delà d’un certain seuil, le menthol fait plus de mal que de bien.
En pratique, quelques gouttes mélangées à de l’huile de jojoba, de coco ou d’argan, massées sur le cuir chevelu. La sensation de fraîcheur vous confirmera que le menthol fait son travail sur la microcirculation.
Côté précautions : évitez le contact avec les yeux et les muqueuses. Faites un test sur une petite zone avant d’en mettre partout. Et si vous êtes enceinte ou si c’est pour un enfant, demandez l’avis d’un médecin.
Ce qu’on peut raisonnablement en attendre
L’huile de menthe poivrée ne fera pas repousser des cheveux sur un crâne dégarni depuis des années. Les follicules définitivement morts ne ressuscitent pas, quelle que soit l’huile qu’on leur applique.
Ce qu’elle peut probablement faire, c’est améliorer la circulation locale et créer un environnement plus favorable à la croissance. Si vos cheveux s’affinent ou si votre cuir chevelu manque de vitalité, ça peut valoir le coup d’essayer en complément d’autres soins.
Mais attention à ne pas confondre sensation et efficacité. Le picotement frais du menthol donne l’impression que quelque chose se passe. C’est agréable, ça stimule effectivement le flux sanguin, mais ça ne garantit pas une repousse visible.
Pour ceux qui veulent une approche plus documentée, le minoxidil et le finastéride restent les traitements de référence, avec des décennies d’études cliniques humaines derrière eux.
Quand passer à autre chose
Si votre perte de cheveux progresse malgré les huiles et les massages, il existe des solutions plus robustes.
Le PRP utilise vos propres facteurs de croissance pour stimuler les follicules. C’est une approche documentée par de vraies études cliniques, sur de vrais patients.
Pour les stades plus avancés, au-delà du stade III sur l’échelle Norwood, la greffe de cheveux en Turquie reste la seule option capable de restaurer une densité là où les follicules ont disparu.
Le Dr Emrah Cinik, avec plus de 20 ans d’expérience en restauration capillaire, propose des techniques comme la FUE Saphir ou la DHI. Le PRP est inclus dans tous les forfaits pour optimiser la prise des greffons.
Une consultation gratuite permet de faire le point sur votre situation. Parfois, des soins simples suffisent. Parfois, il faut envisager une intervention. Ce qui compte, c’est de prendre des décisions éclairées plutôt que de courir après des solutions miracle.
Références scientifiques
Oh, JY, Park, MA, & Kim, YC (2014). Peppermint oil promotes hair growth without toxic signs. Toxicological Research, 30(4), 297-304. https://doi.org/10.5487/TR.2014.30.4.297
Craighead, D.H., & Alexander, L.M. (2016). Topical menthol increases cutaneous blood flow. Microvascular Research, 107, 39-45. https://doi.org/10.1016/j.mvr.2016.04.010
McKemy, D.D., Neuhausser, W.M., & Julius, D. (2002). Identification of a cold receptor reveals a general role for TRP channels in thermosensation. Nature, 416, 52-58. https://doi.org/10.1038/nature719
Han, JH, Kwon, OS, Chung, JH, Cho, KH, Eun, HC, & Kim, KH (2004). Effect of minoxidil on proliferation and apoptosis in dermal papilla cells of human hair follicle. Journal of Dermatological Science, 34, 91-98. https://doi.org/10.1016/j.jdermsci.2004.01.002
Nair, B. (2001). Final report on the safety assessment of Mentha Piperita (Peppermint) Oil. International Journal of Toxicology, 20(Suppl 3), 61-73. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11766133/
An Overview of Commonly Used Natural Alternatives for the Treatment of Androgenetic Alopecia, with Special Emphasis on Rosemary Oil. (2024). PubMed Central, PMC11549889. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11549889/