Alopécie localisée : types, causes et traitements
Sommaire
Une zone du crâne se dégarnit, nettement, alors que le reste de la chevelure ne bouge pas. Cette image porte un nom courant : alopécie localisée. Mais c’est une description, pas un diagnostic. Derrière deux plaques de forme et de taille identiques peuvent se cacher une maladie auto-immune, un champignon, une traction répétée, un tic d’arrachage ou une cicatrice ancienne. Et l’issue n’a rien de comparable d’un cas à l’autre.
Ce qui décide du pronostic n’est pas la surface dégarnie, c’est l’état du follicule sous la peau. S’il est encore vivant, la repousse reste possible. S’il a été détruit, la perte est définitive sur cette zone et seule une greffe peut y remettre des cheveux. Cette page passe en revue les formes les plus fréquentes, les signes qui permettent de les distinguer et ce qu’on peut en attendre. Pour situer votre cas dans l’ensemble des chutes de cheveux, le guide général sur l’alopécie sert de point de départ.
Qu’est-ce qu’une alopécie localisée
Le mot alopécie désigne une perte de cheveux ou de poils anormale, partielle ou totale, passagère ou permanente. On la dit localisée quand elle dessine une ou plusieurs zones circonscrites, avec une limite visible entre le cheveu qui reste et la peau nue. C’est l’inverse d’une perte de cheveux diffuse, où la densité baisse partout à la fois sans qu’aucune frontière n’apparaisse.
Cette distinction oriente déjà beaucoup. Une chute diffuse évoque une cause générale : carence, thyroïde, choc, médicament. Une chute localisée pointe vers ce qui se passe à cet endroit précis, dans les follicules pileux de la zone, ces petites cavités de la peau qui fabriquent chacune un cheveu.
Localisée ne veut pas dire bénigne, ni le contraire. Certaines plaques repoussent seules. D’autres marquent une destruction irréversible.
Les types d’alopécie localisée et les personnes concernées
Hommes, femmes, enfants : personne n’est à l’abri, et les formes ne se répartissent pas au hasard selon l’âge ou les habitudes de coiffure.
L’alopécie cicatricielle
Peu fréquente, mais la plus lourde de conséquences. Une inflammation chronique détruit le follicule et le remplace par du tissu fibreux. La peau devient lisse, un peu brillante, sans le moindre orifice pileux visible. L’origine peut être un accident, une brûlure, une infection ancienne, une maladie auto-immune comme le lupus, ou un lichen plan pilaire.
Ici, aucun traitement ne fait repousser ce qui est parti. Le seul objectif utile est d’éteindre l’inflammation pour empêcher la plaque de s’étendre. Les caractéristiques de l’alopécie cicatricielle et sa prise en charge sont détaillées sur sa page.
La pelade, ou alopécie areata
C’est la cause la plus classique d’une plaque ronde apparue en quelques jours. Le système immunitaire attaque les follicules d’une zone, la croissance s’arrête net, mais la structure reste intacte. D’où le point essentiel : la repousse est possible.
La plaque est ronde ou ovale, à bords nets, sur un cuir chevelu d’aspect normal, sans rougeur ni squame. En bordure d’une plaque active, on trouve souvent des cheveux courts et cassés, plus épais à leur extrémité qu’à leur base, décrits comme des cheveux en point d’exclamation. Pour une plaque unique et petite, la repousse spontanée survient fréquemment en 6 à 12 mois. Les formes étendues et celles qui touchent la nuque en bandeau ont un pronostic moins favorable : la seule localisation des plaques modifie nettement les chances de repousse.
Point non négociable : la pelade ne se traite jamais par greffe. Greffer sur un terrain auto-immun actif revient à implanter des follicules dans une zone que l’immunité continue d’attaquer. Le détail des traitements figure sur la page consacrée à l’alopécie areata.
L’alopécie de traction
Elle résulte d’une tension mécanique répétée sur la racine : coiffures serrées, tresses, extensions, chignons tirés, casque porté longtemps au même endroit. La perte se dessine là où ça tire le plus, sur la lisière frontale, aux tempes et autour des oreilles. Le signe le plus utile est la conservation d’une frange de cheveux fins juste au bord du front, alors que la zone juste derrière est dégarnie.
Le stade précoce est réversible : la tension retirée, les cheveux reviennent. Prolongée pendant des années, la traction finit par transformer la zone en alopécie cicatricielle, et là plus rien ne repousse. C’est exactement ce qui se joue dans une perte de cheveux après tresses africaines, et la page sur l’alopécie de traction explique comment freiner le processus.
La trichotillomanie
Le cheveu n’est pas tombé, il a été arraché, souvent sans que la personne en ait pleinement conscience. La plaque a des contours irréguliers, jamais parfaitement ronds, et elle contient des cheveux cassés à des longueurs très différentes, ce qui ne se voit dans aucune autre forme. La zone est fréquemment du côté de la main dominante.
La prise en charge est d’abord psychologique, souvent par thérapie comportementale : traiter la peau sans traiter le geste ne sert à rien. Les repères pour reconnaître une trichotillomanie sont réunis sur sa page.
La teigne et les autres infections du cuir chevelu
La teigne, une infection à champignon, donne une plaque squameuse, parfois rouge, avec des cheveux cassés très court au ras de la peau. Elle démange. Contagieuse, fréquente chez l’enfant, elle se traite par un antifongique oral prescrit après prélèvement. Confondue avec une pelade, elle reçoit des corticoïdes qui l’aggravent. Une plaque qui gratte doit donc toujours faire penser à une piste infectieuse ou inflammatoire, comme le rappelle notre article sur le cuir chevelu qui gratte.
Ce qui perturbe le cheveu sur une zone précise
Les facteurs génétiques
L’alopécie androgénétique n’est pas une alopécie en plaques, mais elle est localisée au sens strict : elle touche des zones prévisibles, golfes temporaux, ligne frontale, sommet du crâne, en épargnant la couronne basse. Sous l’effet d’une hormone dérivée de la testostérone, la DHT, les follicules sensibles produisent des cheveux de plus en plus fins. C’est la forme la plus fréquente de toutes, et la greffe en est le traitement le plus durable.
Les facteurs environnementaux et mécaniques
Tractions répétées, frottements, produits agressifs, brûlures chimiques, tabac, stress important, certains médicaments : tout cela peut appauvrir une zone plus que les autres. La cause mécanique est de loin la plus répandue, et la plus facile à corriger si on la repère tôt.
Les facteurs auto-immuns et inflammatoires
Lupus, thyroïdite, psoriasis, lichen : l’inflammation dirigée contre la peau ou contre le follicule crée des plaques dont l’aspect varie selon la maladie. Rougeur, squames autour des cheveux, sensation de brûlure ou de douleur ne doivent jamais être négligées : elles annoncent souvent une atteinte cicatricielle en train de se constituer.
Les indices qui orientent avant tout examen
Trois éléments guident le regard du médecin : l’aspect de la peau dans la plaque, la limite de la plaque, et l’état des cheveux à sa périphérie.
Une peau strictement normale, une bordure nette, des cheveux cassés courts et effilés : pelade probable. Des squames, une rougeur, des cheveux rompus au ras du cuir chevelu chez un enfant : teigne à écarter en priorité. Une peau lisse et vernissée sans orifice pileux : atteinte cicatricielle. Des longueurs disparates dans une plaque aux contours anguleux : arrachage.
Ces impressions ne remplacent pas l’examen au dermatoscope, cette loupe éclairante qui grossit le cuir chevelu et révèle des détails invisibles à l’œil nu. La trichoscopie distingue de façon fiable une teigne d’une pelade chez l’enfant, deux situations qui se ressemblent beaucoup et dont les traitements sont opposés. En cas de doute, une petite biopsie tranche. Cet examen conditionne tout le reste, parce que la question qu’il règle est simple : le follicule est-il vivant ou perdu ?
Quels traitements pour une alopécie localisée
Le bon traitement découle du diagnostic, jamais de l’aspect de la plaque.
Traiter la cause en premier
Il n’existe pas de traitement de l’alopécie localisée, seulement des traitements de ce qui la provoque. Une teigne appelle un antifongique. Une pelade limitée répond souvent aux corticoïdes locaux ou en injections dans la plaque, et les formes sévères de l’adulte relèvent aujourd’hui des inhibiteurs de JAK, une classe de médicaments qui bloque le signal immunitaire responsable, comme le ritlécitinib. Une alopécie de traction demande de relâcher la tension. Une trichotillomanie demande un accompagnement du geste.
Plus la prise en charge démarre tôt, mieux c’est. Une plaque installée depuis des années laisse beaucoup moins de marge qu’une plaque de trois semaines.
Quand la greffe entre en jeu
La greffe ne remplace pas un traitement médical : elle intervient après, et seulement dans une configuration précise. Il faut que le follicule soit définitivement perdu, que la situation soit stabilisée depuis au moins plusieurs mois, et qu’une zone donneuse saine reste disponible à l’arrière du crâne.
Cela concerne en pratique l’alopécie androgénétique, les séquelles anciennes d’alopécie de traction, et les cicatrices du cuir chevelu après accident ou intervention. Sur une zone cicatricielle, la vascularisation est plus pauvre : le chirurgien travaille avec une densité prudente et prévoit souvent deux séances espacées plutôt qu’une seule très dense.
Cela ne concerne ni la pelade, ni une inflammation encore active, ni une trichotillomanie non prise en charge. Dans ces trois cas, greffer revient à perdre des greffons.
Reste à savoir dans quelle catégorie vous vous situez, et cela ne se devine pas sur photo. Notre page pour savoir si vous êtes compatible avec une greffe reprend les critères que nous vérifions, et l’équipe du Dr Cinik étudie chaque dossier de greffe de cheveux turquie à partir de photos avant toute proposition de plan opératoire.
Sources
Hébert, V. (2026). Description et diagnostic des différentes formes cliniques de la pelade. Dermato Mag, 14(3), 9-13. https://doi.org/10.1684/dmg.2026.893
Lee, S., Kim, B. J., Lee, C.-H., et Lee, W.-S. (2019). Topographic phenotypes of alopecia areata and development of a prognostic prediction model and grading system. JAMA Dermatology, 155(5), 564-571. https://doi.org/10.1001/jamadermatol.2018.5894
Amer, M., Helmy, A., et Amer, A. (2016). Trichoscopy as a useful method to differentiate tinea capitis from alopecia areata in children at Zagazig University Hospitals. International Journal of Dermatology, 56(1), 116-120. https://doi.org/10.1111/ijd.13217
Billero, V., et Miteva, M. (2018). Traction alopecia: the root of the problem. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 11, 149-159. https://doi.org/10.2147/ccid.s137296