Clascotérone contre la chute de cheveux : 539% de repousse, un traitement révolutionnaire ?

C’est la nouvelle qui agite le monde de la dermatologie. Depuis début décembre 2025. Cosmo Pharmaceuticals vient d’annoncer les résultats de ses essais cliniques de phase III sur le clascotérone, un médicament qui pourrait devenir le premier nouveau traitement contre la calvitie en plus de 30 ans. Le chiffre qui fait le buzz : 539% de repousse des cheveux par rapport au placebo.

De quoi faire rêver les millions d’hommes touchés par l’alopécie androgénétique, également appelée calvitie. Mais derrière ce pourcentage spectaculaire, que se passe-t-il vraiment ? Le clascotérone fait-il réellement repousser les cheveux, ou se contente-t-il de freiner leur chute ? En quoi diffère-t-il du minoxidil et du finastéride, les deux seuls traitements approuvés depuis des décennies ? Et surtout : pourrait-il un jour remplacer la greffe de cheveux ?

Trois médicaments, trois approches radicalement différentes

Pour comprendre pourquoi cette annonce fait autant de bruit, il faut d’abord saisir comment fonctionne la calvitie. Chez les hommes génétiquement prédisposés, une hormone appelée dihydrotestostérone (DHT) se fixe sur les récepteurs des follicules pileux. Résultat : les cheveux s’affinent progressivement, rétrécissent, puis finissent par disparaître. C’est ce qu’on appelle la miniaturisation folliculaire.

Face à ce problème, trois stratégies existent aujourd’hui :

  • Le minoxidil ne s’attaque pas du tout à la DHT. C’est un vasodilatateur : il augmente le flux sanguin vers le cuir chevelu et stimule directement la croissance des cheveux. Efficace pour beaucoup, mais il ne traite pas la cause hormonale. Dès qu’on arrête, les cheveux retombent.
  • Le finastéride attaque le problème à la source… mais de façon systémique. Il bloque l’enzyme (5-alpha réductase) qui transforme la testostérone en DHT. La production de DHT chute de 70% dans tout l’organisme. C’est efficace, mais c’est aussi ce qui explique les effets secondaires redoutés : selon une méta-analyse publiée dans Acta Dermato-Venereologica, le risque de troubles sexuels augmente de 57% par rapport au placebo.
  • Le clascotérone prend une troisième voie, et c’est ce qui rend cette molécule si intéressante. Au lieu de réduire la production de DHT, il l’empêche de se fixer sur les follicules. Concrètement, sa structure moléculaire ressemble tellement à la DHT qu’elle « vole » sa place sur les récepteurs. La DHT circule toujours dans le sang, mais elle ne peut plus attaquer vos cheveux. Et comme le clascotérone n’est quasiment pas absorbé par l’organisme, il n’affecte pas les hormones dans le reste du corps.

C’est là toute la promesse : l’efficacité d’un anti-androgène, sans les effets secondaires systémiques.

539% de repousse : impressionnant, mais que signifie ce chiffre ?

Cosmo Pharmaceuticals a mené deux essais identiques, sur près de 1500 hommes souffrant de calvitie. Pendant six mois, la moitié a appliqué une solution de clascotérone à 5% deux fois par jour, l’autre moitié un placebo.

Les résultats annoncés début décembre : 539% d’amélioration relative dans le premier essai, 168% dans le second. L’écart entre les deux peut surprendre vu que les protocoles étaient identiques, mais la société précise que le nombre absolu de cheveux repoussés était similaire dans les deux cas. La différence vient surtout de la réponse du groupe placebo.

Mais attention à l’interprétation. 539% de mieux que le placebo, ça ne signifie pas que votre densité capillaire va être multipliée par cinq. Le groupe placebo montre aussi une légère amélioration (effet de l’hydratation quotidienne, du massage du cuir chevelu). Le clascotérone fait significativement mieux, mais on parle d’améliorations progressives, pas d’une transformation spectaculaire du jour au lendemain.

Une étude de Phase 2 antérieure offre un point de comparaison utile avec les traitements existants. Sur le nombre brut de nouveaux cheveux, le minoxidil 5% faisait légèrement mieux. En revanche, le clascotérone surpassait les autres traitements sur l’épaisseur et la densité des cheveux existants. Autrement dit : peut-être moins de nouveaux cheveux, mais des cheveux plus épais, plus forts, plus visibles.

Le vrai atout : un profil de sécurité rassurant

C’est peut-être là que le clascotérone marque le plus de points. Sur les 1500 patients des essais, aucun cas de dysfonction érectile ou de baisse de libido n’a été rapporté. Les effets indésirables observés (rougeurs, légères démangeaisons) n’étaient généralement pas liés au médicament lui-même et restaient comparables au groupe placebo.

Pour les hommes qui hésitent à prendre du finastéride par crainte des effets secondaires sexuels, c’est un argument de poids. Le clascotérone agit localement, sur le cuir chevelu, sans perturber l’équilibre hormonal général.

Giovanni Di Napoli, PDG de Cosmo Pharmaceuticals, ne cache pas son enthousiasme : « Pour la première fois en plus de trente ans, nous avons un mécanisme complètement nouveau avec le potentiel de vraiment changer la donne pour les patients. »

Peut-il remplacer la greffe de cheveux ?

Soyons clairs : non. Et c’est important de le comprendre.

Comme tous les traitements médicamenteux de l’alopécie, le clascotérone ne ressuscitera pas les follicules définitivement morts. Sur une zone totalement dégarnie, depuis des années, aucun médicament ne fera repousser des cheveux. La miniaturisation folliculaire est un processus progressif : d’abord les cheveux s’affinent, puis ils deviennent duvet, puis ils disparaissent. Une fois le follicule détruit, c’est irréversible.

Le clascotérone peut potentiellement :

  • Freiner la miniaturisation des follicules encore actifs
  • Épaissir les cheveux en cours d’affinement
  • Maintenir la densité existante plus longtemps

Ce qu’il ne peut pas faire :

  • Faire repousser des cheveux sur une zone chauveDepuis longtemps
  • Restaurer une ligne frontale qui a reculé
  • Combler des zones où les follicules ont disparu

Pour ces situations, la greffe de cheveux en Turquie reste la seule solution capable de restaurer une densité là où il n’y a plus rien. Le clascotérone pourrait en revanche devenir un excellent complément post-greffe, pour protéger les cheveux natifs restants sans les effets secondaires du finastéride.

Et pour les femmes ?

Les données restent limitées pour l’instant. Une étude sur 293 participantes a montré une efficacité significative, mais uniquement chez les moins de 30 ans. Des recherches complémentaires seront nécessaires avant de pouvoir recommander le clascotérone pour l’alopécie féminine.

Quand sera-t-il disponible ?

Cosmo Pharmaceuticals prévoit de terminer une étude de sécurité de twelve mois d’ici au printemps 2026. Ensuite viendront les demandes d’approbation auprès de la FDA américaine et de l’Agence européenne des médicaments. Si tout se passe bien, une commercialisation pourrait intervenir courant 2027.

D’ici là, les options actuelles restent valables. Le minoxidil stimule la croissance. Le finastéride, malgré sa réputation, est efficace et bien toléré par la grande majorité des patients. Et pour les calvities déjà installées, la greffe reste incontournable.

Ce qu’il faut retenir

Le clascotérone représente une vraie avancée : un nouveau mécanisme d’action après 30 ans de statu quo, un profil de sécurité encourageant, des résultats prometteurs sur l’épaisseur des cheveux. Mais ce n’est pas un miracle. Il ne fera pas repousser une chevelure sur un crâne dégarni, et il faudra encore attendre deux ans avant de pouvoir l’essayer.

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Références scientifiques

Rosette, C., et al. (2019). Cortexolone 17α-Propionate (Clascoterone) is an Androgen Receptor Antagonist in Dermal Papilla Cells In Vitro. Journal of Drugs in Dermatology, 18(2), 197-201. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30811143/

Liu, L., et al. (2019). Adverse Sexual Effects of Treatment with Finasteride or Dutasteride for Male Androgenetic Alopecia. Acta Dermato-Venereologica, 99(1), 12-17. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30206635/

Devjani, S., et al. (2023). Androgenetic Alopecia: Therapy Update. Drugs, 83(8), 701-715. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10173235/

Dhillon, S. (2020). Clascoterone: First Approval. Drugs, 80, 1745-1750. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33030710/

ClinicalTrials.gov. NCT05910450 (SCALP 1) et NCT05914805 (SCALP 2). https://clinicaltrials.gov/

Cosmo Pharmaceuticals. (2025, 3 décembre). Positive Top-Line Phase 3 Results for Clascoterone Solution in Androgenetic Alopecia [Communiqué de presse].

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