Greffe FUT : pourquoi la bandelette a été délaissée
Sommaire
Pendant près de vingt ans, la greffe FUT a servi de référence mondiale. On prélevait une bandelette de cuir chevelu à l’arrière du crâne, on la découpait au microscope, on réimplantait les greffons obtenus. La méthode marchait. Elle laissait aussi une trace, et c’est cette trace qui l’a fait reculer devant la FUE.
Cet article reprend la FUT étape par étape, sans caricature : elle a produit de bons résultats, et quelques chirurgiens la défendent encore. Reste à comprendre ce que les techniques de greffe actuelles apportent en échange.
La greffe FUT, en clair
FUT est l’abréviation de Follicular Unit Transplantation, transplantation d’unités folliculaires. Une unité folliculaire, c’est le petit groupe naturel de 1 à 4 cheveux qui sort ensemble du cuir chevelu : la peau ne produit presque jamais un cheveu isolé.
Le principe de départ n’a pas changé depuis. Les cheveux de la couronne, à l’arrière et sur les côtés du crâne, résistent à l’hormone responsable de l’alopécie androgénétique. On les déplace vers les zones qui se dégarnissent, et ils gardent cette résistance.
Ce qui distingue la FUT, c’est la manière de les récupérer. Le chirurgien prélève une bande de peau chevelue entière dans la zone donneuse, puis referme la plaie par des points de suture. Tout le reste du travail se déroule ensuite hors du patient, sur une paillasse.
Comment se déroule une greffe FUT
L’intervention a lieu en ambulatoire, sous anesthésie locale, sans nuit d’hospitalisation. Comptez quatre à six heures, un ordre de grandeur assez proche de la durée d’une greffe moderne.
La zone donneuse est rasée court, dessinée, anesthésiée. Le chirurgien incise alors une bandelette d’environ 1,5 cm de hauteur, la détache, puis suture les berges. Vient l’étape la plus longue de la journée : la dissection. Sous microscope, des techniciens redécoupent la bande en unités folliculaires, une par une, en retirant l’excès de tissu. Une bonne partie du résultat final se joue là.
Les greffons attendent ensuite dans une solution froide. Le patient est réinstallé assis, la zone receveuse est anesthésiée à son tour, et de petites incisions y sont ouvertes. Chaque greffon est glissé dans l’une d’elles. L’angle, la direction et la répartition décident du rendu naturel bien plus que le nombre.
La cicatrice linéaire, le point de bascule
Prélever une bande de peau laisse forcément une cicatrice linéaire. Pas une marque diffuse : un trait continu qui traverse l’arrière du crâne, plus ou moins fin selon la tension des berges et la façon dont le patient cicatrise.
Cheveux longs, elle disparaît. Cheveux rasés, elle se voit. Anastassakis (2023) décrit exactement ce basculement : la demande de patients qui veulent pouvoir porter une coupe très courte a rendu ce trait difficile à assumer, et la chirurgie capillaire a suivi le marché. Des équipes ont d’ailleurs cherché à rattraper le problème après coup, comme Meireles Filho et Radwanski (2023) avec leur technique de perforation destinée à affiner une cicatrice élargie. Le fait qu’un tel geste de rattrapage existe en dit long. Sur la manière dont ces cicatrices de greffe évoluent, tout dépend aussi de la peau du patient.
FUT ou FUE : ce qui change à chaque étape

Le schéma parle de lui-même. En FUT : bandelette, découpe, dissection, insertion. En FUE : incision autour de chaque follicule, extraction unité par unité, tri, implantation. La bascule tient donc entièrement au premier temps opératoire.
Gupta et ses coauteurs (2020) ont passé les deux méthodes en revue. Leur conclusion est plus nuancée que les argumentaires commerciaux : les deux produisent des greffons de qualité comparable, mais elles ne cicatrisent pas de la même façon. Trait continu d’un côté, points minuscules de l’autre.
Une étude brésilienne publiée en 2024 va un cran plus loin. Takata Pontes et son équipe ont analysé des patients opérés successivement par les deux techniques, dans la même clinique et par le même chirurgien. En FUE, la proportion d’unités contenant trois cheveux ou plus était supérieure, de même que le nombre moyen de cheveux par unité. L’explication tenue par les auteurs est simple : quand il prélève à l’unité, le chirurgien voit ce qu’il choisit. Il prend les meilleures. La bandelette, elle, contient ce qu’elle contient. Cela pèse sur le nombre de greffons réellement exploitables. Ces mêmes auteurs refusent pourtant d’en tirer un verdict, et ils ont raison : le choix d’une technique dépend de trop de paramètres pour se jouer sur un seul indicateur.
Ce que la FUE change pour la réserve donneuse
En FUE, chaque follicule est cerné par un poinçon cylindrique inférieur au millimètre, puis retiré. La marque laissée est un point. Réparti sur une large surface, l’ensemble devient indiscernable à quelques centimètres de distance.
Il y a une conséquence moins évidente, et elle compte davantage que l’esthétique immédiate. Un tissu cicatriciel ne fait plus repousser de cheveux. Une cicatrice linéaire ampute donc définitivement la surface disponible, alors qu’un patient dont la calvitie progresse le long de l’échelle de Norwood aura peut-être besoin d’une deuxième greffe dix ans plus tard. Ce qui a été perdu ne revient pas.
Les suites, côté patient
Une suture, ça tire. Les patients opérés en FUT décrivent une tension à l’arrière du crâne pendant plusieurs jours, parfois des zones engourdies qui mettent des semaines à retrouver une sensibilité normale. Les points sont retirés autour du dixième jour.
En FUE, il n’y a rien à retirer. Les micro-plaies se referment seules et la douleur après une greffe reste modérée, gérée par des antalgiques simples. La reprise des activités arrive plus vite.
Une cicatrisation qui laisse le choix de la coupe
Voilà ce que la FUE permet et que la bandelette interdisait : une nuque qu’on peut tondre. Les points d’extraction, très visibles le lendemain de l’intervention, deviennent des marques blanches minuscules noyées dans les cheveux repoussés.
La qualité de l’ouverture des sites receveurs joue aussi, et pas qu’un peu. La lame en saphir crée des canaux plus étroits que les lames métalliques classiques, ce qui limite le traumatisme cutané.
Reste-t-il une place pour la greffe FUT ?
Quelques praticiens la maintiennent, pour des profils précis : cheveux très fins, très grandes séances, patients qui ne porteront jamais la coupe rasée. Le débat n’est pas clos dans la littérature, Gupta l’a montré. Mais la tendance de fond est nette.
En pratique, à la clinique, le choix se fait entre FUE avec implantation manuelle et DHI au stylo implanteur, selon le stade de calvitie et le type de cheveu. Et si vous portez déjà une cicatrice de FUT ancienne, elle peut être camouflée : on peut greffer sur une cicatrice pour la rendre nettement moins lisible.
Une dernière chose. Une clinique qui propose encore la bandelette sans expliquer ce qu’elle engage pour l’avenir mérite des questions supplémentaires : savoir choisir sa clinique reste la décision la plus lourde du parcours, avant même la technique. C’est aussi ce qui explique la concentration des interventions sur quelques centres spécialisés en greffe de cheveux turquie.
Sources
Anastassakis, K. (2023). Paradigm shift from linear strip to follicular unit excision in hair restoration surgery. Facial Plastic Surgery, 40(2), 129-145. https://doi.org/10.1055/s-0043-1777311
Gupta, A. K., Love, R. P., et Harris, J. A. (2020). Old friend or new ally: a comparison of follicular unit transplantation and follicular unit excision methods in hair transplantation. Dermatologic Surgery, 46(8), 1078-1083. https://doi.org/10.1097/DSS.0000000000002373
Meireles Filho, I., et Radwanski, H. N. (2023). The punching-out technique to reduce the FUT scar. Hair Transplant Forum International, 33(1), 1-8. https://doi.org/10.33589/33.1.1
Takata Pontes, L., Ruston, A., et de Moraes, A. M. (2024). Strip harvesting follicular unit transplantation versus follicular unit excision: comparing the number of hairs and the ratio of hairs to follicular unit. Dermatologic Surgery, 50(9), 851-854. https://doi.org/10.1097/DSS.0000000000004230